Après de nombreux déboires informatiques, il semble qu’enfin je possède mon propre domaine :
vendredi 2 mai 2008
Déménagement.
jeudi 1 mai 2008
Les aventures de Misósofos et Bendesclous.
Misósofos et Bendesclous sont perdus dans les hauteurs de Grenade, assis sur le dossier d’un banc, les pieds sur le siège. Ils viennent de terminer un long débat d’idées sur la pollution linguistique des langues latines, par des anglicismes très injustement qualifiés de moderne ou cool. Misósofos vient d’achever le roulage de leur troisième joint de l’après-midi.
Ils accompagnent les premières taffes, évidemment offertes au rouleur, d’un profond silence de réflexion. Puis, Misósofos passe le pétard à Bendesclous, croise les bras, recrache sa fumée et dit : « Qué buena es esa hierba. »
- Tu l’as dit bouffi, lui répond Bendesclous.
Silence. Puis, Misósofos s’exclame :
- ¡Bouffi tú también! Por si acaso era malo lo que me acabas de decir.
samedi 26 avril 2008
Bon pied, bon œil.
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Il y de ça quelques jours déjà, j’étais de retour dans le village de mes parents pour y passer le week-end dans leur spacieuse demeure, me libérant ainsi pour un moment de ma routine d’étudiant et redécouvrant avec joie ma grande chambre à coucher, ses deux colonnes de soutien peintes en vert pâle, son lit démesurément grand, son intrigante armoire encastrée dans le mur gauche, son étagère de bois, dont la couleur trop foncée détonne et sur laquelle survive quelques livres, faisant face au vieux tourne-disques, cadeaux de mon grand-père et ses nombreux trente-trois tours de chansons espagnoles d’antan, posés sur l’ancienne table de couture, me servant occasionnellement de bureau, et sa petite salle de bain où les différents tons de bleu règnent en maîtres ; mais aussi – et bien sûr – mes parents, qui semblaient assez contents de me revoir, mon frère, toujours assis au bureau, ébahi devant l’ordinateur, hypnotisé par les douces et innocentes paroles de son premier amour, me remarquant à peine, me tendant finalement la main d’un air désabusé et lâchant un de ses habituels « ça va Bob ? » – alors que je ne m’appelle même pas Bob – accompagné d’un sourire malicieux, mais pas mauvais, et puis enfin la chienne, qui elle, une valeur sûre, si, se réjouis toujours autant de me revoir.
La fin d’après-midi se passe relativement bien, ma plutôt longue absence me permet d’agrémenter le café et la cigarette partagés avec mes vieux, en relatant quelques courts récits issus de mes dernières semaines. Ca n’a pas l’air de vraiment les intéresser, mais ils font malgré tout de louables tentatives pour paraître attentifs. Enfin, la cigarette est écrasée et le café avalé, l’harmonie du quotidien reprend son droit : ma mère s’en va chez son père, lui faire un peu de compagnie et prépare son dîner, mon père et moi nous divertissons quelque peu en l’attendant devant la télévision, puis elle revient et l’on s’installe le « plateau-télé ». Nous mangeons avec la télévision et mon frère ne nous rejoindra qu’après le troisième appel de ma mère.
Le repas terminé, j’estime que j’ai mérité de goûter enfin cette herbe, achetée peu avant mon départ en train et annoncée comme étant très efficace, en plus d’être d’un goût difficilement égalable. Je prends alors congé de mes parents un instant et m’isole dans ma chambre à coucher pour y fumer mon joint, sans risquer d’insupporter ces derniers par cette délicate odeur qu’ils ne sauraient apprécier à sa juste valeur. Cette alors que commence la valse rituelle : j’allume mon ordinateur et me met à l’œuvre du roulage pendant son initiation, pour qu’ils soient tous les deux prêts plus ou moins en même temps, et j’accompagne ma fumette d’une révision succincte des dernières nouvelles de la toile. Puis, avant d’aller retrouver mes parents sur le canapé, je fais une petite escale dans ma salle-de-bain, pour y boire un peu d’eau du robinet, le cannabis étant connu de ses adeptes comme un très bon sécheur de bouche, et j’en profite pour jeter un coup d’œil à mon reflet dans le miroir. C’est alors que je découvre un phénomène encore inconnu à mon registre des effets des substances psychotropes, ou plutôt une manifestation inattendue d’un phénomène bien connu de tous : la coloration rougeâtre des yeux du fumeur ayant fumé, plus ou moins importante selon le dosage ou la qualité du produit. Seulement, je dois me pencher un peu plus près du miroir pour me convaincre de ce qu’il me semblait avoir aperçu. C’est bien réel, la coloration est bien là et plutôt importante, preuve qu’on ne m’avait pas menti, mais elle est unilatérale. Seul mon œil droit dénonce ma récente consommation, le gauche est intact, d’un blanc presque artificiel. Je trouve ça amusant et mon reflet aussi apparemment.
Lorsque je sors enfin de ma chambre, j’allume la lumière pour éviter toute rencontre inopportune avec le bureau de verre et d’acier, particulièrement douloureux pour les orteils. C’est alors que je me retrouve nez à nez avec ma mère, partie en expédition vers la réserve, à la recherche d’une ou plusieurs bouteilles d’eau. La soudaine confrontation me surprend quelque peu et je la regarde sans trop savoir quoi dire d’autre que « tu vas où ? ». Mais, je sens son regard insistant, elle cherche dans mes yeux à se convaincre que j’étais bien parti faire ce qu’elle pensait. Enfin, elle me dit comme ça, sur un ton réprobateur qui a perdu son effet il y a bien des années déjà : « Tu es défoncé. » Ce à quoi je réponds sur le champ :
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Jacques Brel - Le moribon (con subtitulos en castellano)
Adieu l'Émile je t'aimais bien
Adieu l'Émile je t'aimais bien tu sais
On a chanté les mêmes vins
On a chanté les mêmes filles
On a chanté les mêmes chagrins
Adieu l'Émile je vais mourir
C'est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs la paix dans l'âme
Car vu que tu es bon comme du pain blanc
Je sais que tu prendras soin de ma femme
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou
Adieu Curé je t'aimais bien
Adieu Curé je t'aimais bien tu sais
On n'était pas du même bord
On n'était pas du même chemin
Mais on cherchait le même port
Adieu Curé je vais mourir
C'est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs la paix dans l'âme
Car vu que tu étais son confident
Je sais que tu prendras soin de ma femme
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou
Adieu l'Antoine je t'aimais pas bien
Adieu l'Antoine je t'aimais pas bien tu sais
J'en crève de crever aujourd'hui
Alors que toi tu es bien vivant
Et même plus solide que l'ennui
Adieu l'Antoine je vais mourir
C'est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs la paix dans l'âme
Car vu que tu étais son amant
Je sais que tu prendras soin de ma femme
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou
Adieu ma femme je t'aimais bien
Adieu ma femme je t'aimais bien tu sais
Mais je prends le train pour le Bon Dieu
Je prends le train qui est avant le tien
Mais on prend tous le train qu'on peut
Adieu ma femme je vais mourir
C'est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs les yeux fermés ma femme
Car vu que je les ai fermés souvent
Je sais que tu prendras soin de mon âme
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou
vendredi 18 avril 2008
La mort du clown est annoncée.
Je suis sorti de mon lit sur un petit pont de bois ce matin, entre deux eaux ; je ne savais pas vraiment pourquoi mon état d’esprit était si scabreux, mais j’essayais malgré tout d’initier ma traversée. Je pensais que les abus de la fête d’anniversaire, à laquelle j’avais été convié la veille, et leurs répercussions physiologiques pouvaient être une cause probable à mon humeur aléatoire, mais je n’avais pas encore tout compris.
Premier contact humain et première mauvaise nouvelle du jour : j’ai à nouveau pris une décision erronée, fais un mauvais choix. Une fois de plus, j’ai déçu une personne chère, en faisant ce qui me semblait être le plus approprié, et cela n’a servi à rien. Les dégâts dans mon for intérieur sont catastrophiques, j’ai envie de frapper ma tête très fort contre quelque chose de dur. J’ai récemment tranché dans un dilemme qui s’offrait à moi, suivant à nouveau les suggestions, que vous m’aviez au préalable exposées comme étant les plus raisonnables. Et le résultat s’est une fois de plus révélé désastreux, puisque cette élection erronée a engendré les pires conséquences possibles dans cette situation. Dur de lutter avec la loi de Murphy. Dès lors, je commence à mesurer l’étendue réelle de mon malaise et cette désagréable information suffit à en éclairer les véritables raisons : je suis à bout de forces, je n’en peux plus d’être un clown.
Je suis arrivé à un niveau de ras-le-bol si élevé, que je n’en supporte plus son goût amer. J’ai l’impression d’être devenu votre clown et mes mauvaises blagues me dégoûtent. Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais à un certain moment dans mon processus de socialisation, j’ai dû commettre une erreur, me tromper de terme, m’égarer dans le ton de voix, prononcer un lapsus ou je ne sais quoi d’autre, qui a suffit à m’attribuer l’étiquette d’amuseur. J’ai le sentiment que ma vie n’est qu’une grosse farce dénuée de subtilité et dans laquelle j’aurais perdu les rennes, et je ne sais plus quoi faire de vos conseils.
La plupart d’entre vous me connaît à peine et se permet déjà de me dire ce que je dois faire, le dissimulant derrière d’avisés conseils en plastique sur ce qui est le mieux pour moi. Mais, qu’en savez-vous ? Puisque vous n’avez même pas pris le temps de me demander ce que j’en pense et ce que, moi, j’ai envie de faire. Vous avancez vos opinions, comme une avant-garde de votre escadron de pertinentes décisions, détruisant peu à peu jusqu’à la dernière trace de ma capacité de décision. Ainsi, je deviens à bon rythme celui que vous voulez que je sois, ou plutôt celui que vous pensez être le futur moi le plus heureux. Par d’habiles techniques que j’ai bien du mal à déceler, vous imprégnez mes décisions de vos avertissements, ne cherchant ni plus ni moins qu’à me faire prendre les choix les plus logiques, me menant ainsi vers un avenir joyeux de papier mâché, modelé par les canons d’une vie rêvée, exemplaire, de celles qui rendent si heureux votre entourage. C’est pourquoi je ne vous en veux pas. Comment pourrais-je vous en vouloir de chercher à vous satisfaire de la réussite de ma vie ?
C’a toujours été ainsi : vous avez toujours voulu le meilleur pour moi. Vous avez remarqué que je m’en sortais assez bien à l’école, alors vous m’avez suggéré de faire des études. Quoi de mieux qu’une carrière universitaire pour réussir sa vie ? J’ai consenti, en fait j’ai même réussi à m’en persuader. Vous avez haït mes fréquentations, vous avez tenté vainement de m’empêcher des les côtoyer. Puis, lorsqu’vous n’avez plus pu, vous les avez dénigrés, salis, sans même prendre la peine de les connaître. Enfin, maintenant que vous ne pouvez plus rien y faire, vous essayez adroitement de limiter tant bien que mal les dégâts. Vous m’avez fait la morale, vous m’avez expliqué, vous m’avez conseillé, guidé, aiguillé, vous avez pointé du doigt mes erreurs, pour qu’en j’en tire la leçon, vous avez tout fait pour mon bien. Vous vous y êtes tellement bien pris, que vous avez même réussi à me faire prendre des décisions pour vous, en me convaincant que c’était pour moi ; vous m’avez persuadé que ce qui vous paraissait était ce que je voulais.
De plus, vous m’avez donné les moyens nécessaires à mes désirs, je n’ai jamais manqué de rien pour faire ce que je pensais être ce que je voulais faire. J’ai tout ce qu’il me faut et plus encore, grâce à vous tous, je suis dans des conditions idéales pour mener à bien ma quête.
Seulement, il y a quelque chose qui cloche dans le mécanisme.
Voilà quelque temps déjà, je me rends compte, petit à petit, qu’il me manque quelque chose d’essentiel. Vous vous êtes tous tellement démenés pour me préparer une bonne petite vie heureuse, et continuez à le faire si bien, que j’en ai oublié de me demander ce que vraiment je veux. Qu’est-ce que j’ai envie de faire moi ? De quoi ai-je vraiment besoin pour être heureux ? Bien peu d’entre vous ont pris le temps de me le demander et d’en écouter la réponse. Je n’arrive pas à me remémorer la dernière décision importante que j’aie prise en me basant sur mes propres désirs, et non pas sur ce que vous pensiez être le meilleur pour moi. C’est pourquoi aujourd’hui, je me sens comme le clown devenu esclave de son publique, prostituant son art à la recherche de ce qui va plaire, plutôt que d’évoluer librement sur la piste. Devenu si docile qu’on en tire ce que l’on veut, pour finalement acclamer passionnément ses chaînes de désespoir, que l’on a soi-même attachées à ses pieds. C’en est trop. Le clown se meure. Mais il n’ose s’aventurer à blesser votre amour en agissant de lui-même, il ne veut pas vous faire de mal. Pourtant, il le faut.
La mort du clown est annoncée. Je dois quitter mon costume. A vous tous qui me voulez tant de bien, je vous remercie et vous dis que je vous aime. Le grand moment est arrivé, vous allez bientôt assister au nouveau spectacle du clown, écrit et interprété par lui-même. Vous risquez d’être déçu.
mardi 15 avril 2008
Léo Ferré - Avec le temps (Olympia 1972)
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Même les plus chouettes souv'nirs ça t'as une de ces gueules
A la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort
Le samedi soir quand la tendresse s'en va toute seule
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l'on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment... avec le temps... on n'aime plus
dimanche 13 avril 2008
Cardiologie du temps.
J’ai pris mon pouls ce matin
Mon cœur battait toujours
Tout est encore possible
J’ai du temps devant moi
Je pourrai la retrouver
Je le sais, j’y crois.
J’ai pris mon pouls ce matin
Mon cœur peinait à battre
Les portes se ferment
Le doute s’installe
Il est grand temps
Pourtant j’hésite.
J’ai pris mon pouls ce matin
Mon cœur ne battait plus
Rien n’est plus possible
J’ai beaucoup pensé
Très attendu
C’est trop tard.
J’ai pris mon pouls ce matin
Mon cœur n’est pas reparti
Ça n’a plus d’importance
Tout est ma faute
Je ne vis plus
Je regrette.

